L’Ecole Inclusive

L école inclusive 

http://scolaritepartenariat.chez-alice.fr/page277.htm

D’après ce lien, le 29 janvier 2016, un nouveau diplôme a vu le jour : le DEAES et il comporte un volet sur l’inclusion en milieu scolaire, c’est-à-dire que, ça y’est, enfin les AVS, renommés AESH, ont leur diplôme !! 

Je dois dire que c’est un souhait que partageaient à la fois les auxiliaires des enfants en situation de handicap, les enseignants, et bien-entendu, les familles des élèves concernés. Pendant un long moment, depuis la loi sur le handicap de 2005, on a bricolé dans les classes avec des contrats précaires qui ne satisfaisaient personne. Manquant de formation, sous-payés, maltraités parfois, négligés souvent,

 Les AVS se débrouillaient comme ils pouvaient et leurs élèves en pâtissaient. Ces contrats représentent encore la majorité, en attendant que les diplômés tout frais viennent travailler dans les écoles. J’espère vraiment qu’enfin, avec ce nouveau diplôme, on va pouvoir sérieusement commencer la révolution de l’ambitieuse Ecole Inclusive qui me tient tant à cœur.

L’Ecole Inclusive, pour faire court, c’est l’idée que l’élève ne doit plus s’adapter à l’école mais que l’école doit s’adapter à chaque élève. On inclut l’élève, on ne l’intègre plus.

Les apprentissages avec un enfant à besoins particuliers, se font dans un contexte d’humain à humain, et si certains enseignants sont prêts et disponibles pour ce rapport avec des enfants handicapés, d’autres ont plus de mal. Il est donc très utile qu’un collègue formé, les AESH nouveaux, puisse seconder efficacement les enseignants, auprès d’un élève fragile.

Depuis maintenant sept ans, j’accueille chaque année un ou plusieurs élèves handicapés dans ma classe : plusieurs enfants avec des troubles du spectre autistique, deux enfant anciens grands-prématurés avec des retards globaux de développement, un enfant avec TDAH, un autre avec des troubles psychiatriques.

 J’ai donc vu passer un certain nombre d’AVS du coup. Deux, qui faisaient très bien l’affaire, ont été brusquement remplacées en cours d’année scolaire car elles avaient terminé leur contrat… C’’est d’une absurdité et d’une violence pour elles comme pour le petit élève qu’elles suivaient, qui m’ont vraiment mise en colère. J’espère que cela n’existera plus jamais avec le nouveau diplôme. A l’inverse, une autre avait été embauchée sous contrat aidé mais il se trouvait qu’elle avait un handicap mental et qu’elle ne pouvait pas aider suffisamment l’enfant dont elle avait la charge, pire même celui-ci était en souffrance avec elle. Pourtant, nous n’avons pas pu stopper le contrat et elle est donc restée deux ans dans l’école, sans enfant à charge mais sans non plus qu’on puisse lui fournir une quelconque autre tâche, même simple. Cela ne fut pas facile à gérer au sein de l’école et nous ne savions pas trop comment répondre aux questionnements des parents d’élèves sur cette personne qui criait sur les enfants sans raison, entrait à toute heure du jour dans les classes ou tapait aux carreaux, mangeait les goûters des petits, etc… Nous nous devions d’être bienveillants aussi avec elle tout en protégeant les enfants. Est-ce normal que l’on nous ait laissé dans cette situation deux ans entiers ? N’aurait-on pas pu confier des tâches à cette dame en dehors de l’école, le temps de son contrat, dans une administration de l’Education nationale, où elle n’aurait pas eu de contacts directs avec les enfants ?

Voici ce que j’attends des nouveaux contrats d’AESH et je crois pouvoir parler au nom de mes collègues et des parents d’enfants handicapés :

– Le secret partagé : C’est le premier point et le plus essentiel. Les enseignants et les AESH doivent avoir accès à une partie du secret médical concernant l’enfant afin d’appréhender dans toute sa complexité, le handicap de celui-ci et pouvoir faire le mieux possible. Les enseignants et les AESH ne sont pas médecins mais pourtant, avec l’école inclusive, ils travaillent  auprès d’enfants relevant de ce secteur, et en collaboration avec les partenaires de soins. A ce titre, l’équipe autour de l’enfant (appelée Equipe de Suivi de Scolarisation) ne doit plus se limiter aux soucis de scolarité mais aussi aux soucis médicaux de l’enfant. On risque trop de maladresses sur les enfants en situation de handicap, maladresses qui peuvent s’avérer très graves, si on ne connait pas la pathologie de l’enfant dont on doit s’occuper. J’imagine que dans un hôpital, les infirmières et les éducateurs connaissent les différents troubles dont souffrent les petits patients dont elles s’occupent, pourquoi le refuser aux enseignants et aux AESH ? Peut-être, cette nécessaire loyauté existe-t-elle dans certaines circonscriptions mais je pense que cela doit dépendre de l’enseignant référent de l’enfant suivi. Actuellement, le secret partagé s’oppose au secret médical et n’a donc pas de valeur légale. Il est peut-être temps de lui en donner une…

 

– Voici que j’aborde un deuxième point avec les enseignants référents. Ces enseignants sont censés suivre l’enfant handicapé tout le long de sa scolarité, de la maternelle au lycée. Ce sont eux qui conduisent l’Equipe de Suivi de Scolarisation qui réunit les parents, l’enseignant, le médecin scolaire, la psychologue scolaire et éventuellement les partenaires de soins de l’enfant. Dans la théorie, ils sont un lien entre les parents et les enseignants, et ils sont également les supérieurs des AESH et contribuent à l’élaboration des tâches de l’AESH dans la classe et à sa collaboration avec l’enseignant. Dans la réalité, il faut savoir que ces enseignants référents ne connaissent pas l’enfant qui leur est confié. On touche le comble de l’hypocrisie quand-même ! Ces référents connaissent par cœur tous les textes sur le handicap et l’inclusion scolaire, mais ils ne connaissent rien de l’enfant handicapé dont ils ont la charge, dans la réalité de sa vie de classe. A la différence du psychologue scolaire, ils ne viennent jamais observer l’enfant dans la classe, et à la différence du médecin scolaire, ils ne rencontrent pas l’enfant avec ses parents. C’est pourtant ce référent qui n’a jamais vu l’enfant que l’enseignant ou l’AESH doit consulter à chaque fois que se pose une question avec cet enfant ou qu’on doit résoudre un problème. Ce référent est essentiellement un personnel administratif qui pourtant, a de grandes responsabilités auprès d’êtres humains fragiles.

Je vais donner un exemple d’un enfant dans ma classe il y a quelques années. Ce petit garçon de 7 ans avait des troubles autistiques, qu’on appelait des TED à l’époque. Il était très intelligent, peut-être même supérieurement intelligent, mais il apprenait différemment des autres et faisait un blocage pour écrire, donc il fallait adapter son travail : textes à trous, exercices raccourcis etc… On avait pensé alors qu’une AVS lui serait utile pour l’aider à entrer dans l’écrit. Mais ce fut tout le contraire. Dès le début, il la refusa. Il faut dire que cette AVS était une femme très rigide qui n’acceptait pas ses refus. Elle s’opposait frontalement à lui et voulait l’obligeait à écrire. Lui, se cambrait, protestait puis finissait par tout envoyer en l’air et même la frapper. C’était tout le contraire qu’il lui fallait : une AVS douce et souple qui l’aurait mis au travail sans le heurter, par des biais détournés. J’avais beau expliquer encore et encore à ma collègue comment le prendre, rien n’y faisait, elle n’en démordait pas de ce système d’éducation et pensait le faire plier un jour. Les parents de l’enfant s’aperçurent vite de l’état d’angoisse dans lequel leur petit garçon était plongé quand il savait que son AVS devait venir. Ils prirent RV avec elle et moi, tentèrent d’expliquer aussi les choses à l’AVS. Mais aucune discussion n’eut de prise sur elle. Ils se tournèrent alors vers l’enseignante référente pour demander un changement d’AVS. La référente, furieuse de cette demande, ne voulut pas y accéder. Les parents durent donc demander à la MDPH un arrêt total d’AVS pour que leur enfant cesse de souffrir… Il n’a jamais eu droit à une seconde AVS, c’est-à-dire à une seconde chance, parce qu’une administrative, qui ne l’avait jamais vu, en avait décidé autrement… Voilà un bien triste exemple que je vous livre… La référente n’avait jamais vu l’enfant, ni en RV, ni en classe, c’est pourtant elle qui au final a eu la décision finale, même si elle a demandé aux parents d’en porter la responsabilité. Si elle avait accepté de déplacer une autre AVS auprès de mon petit élève, les parents n’auraient pas eu à renoncer à toute aide humaine pour leur enfant.

Je gage que si j’ai déjà eu cette situation dans ma classe, et si j’ai déjà vu une autre semblable dans la classe à côté, c’est que cela doit exister ailleurs, dans d’autres circonscriptions, pour d’autres enfants….

 

Il s’agit vraiment de dénoncer cela.

– Tant qu’à dénoncer, j’aimerais aussi dénoncer, en ce qui concerne les enfants en situation de handicap, le manque de connaissance qu’ont actuellement les médecins scolaires et les infirmières scolaires face aux nouveaux handicaps. Sans parler des CMPP… Pour ma part, j’envoie le plus souvent possible les parents vers le privé ou les grands hôpitaux, centres de références, car j’ai constaté le manque de moyens et de formation dans les CMPP qui sont les organismes de proximité. Il y a encore beaucoup à faire de ce côté pour changer les mentalités de ces soignants. Je retrouve chez eux beaucoup d’attentisme, beaucoup de précautions qui font retarder un diagnostic et donc une prise en charge adaptée. On perd parfois un ou deux ans, voire des années à cause des CMPP et autres médecins scolaires ! Ce sont eux qui conseillent en premier les parents et les enseignants et c’est donc ça qui est désastreux… Beaucoup de psys et médecins scolaires sont encore trop formés sur la seule psychanalyse et refusent les critères diagnostics du DSM 5 où se trouvent énumérés les nouveaux handicaps d’aujourd’hui : TSA, TDAH, les troubles dys qui peuvent devenir des handicaps … Ces troubles ne sont pas une vue de l’esprit, une mode, une mauvaise éducation… Ils n’ont pas toujours existé autant qu’aujourd’hui et ne sont pas seulement connus maintenant grâce à un surdiagnostic. Ils existent réellement, sans doute à cause de multiples facteurs (troubles neuro-développementaux, écrans, alimentation, métaux lourds etc…) et ils doivent être pris en charge de manière spécifique. Pour en revenir aux AESH, il faut absolument qu’au-delà de leur diplôme initial, quand ils ont en charge un enfant, ils puissent être formés (ainsi que l’enseignant) à ces nouveaux handicaps. Il suffirait de quelques heures parfois pour les mettre sur la bonne piste, leur donner des clefs pour comprendre et accompagner ces enfants, sans faire plus de dégâts… Dans mon exemple ci-dessus, c’est aussi un manque de formation qui a donné cet échec, si violent pour l’enfant.

 Pour terminer cet article, je dirais que le diplôme d’AESH est une bonne nouvelle. J’espère qu’à l’avenir, il s’étoffera encore car nos élèves handicapés méritent le meilleur accompagnement possible. Le métier d’AESH est un métier fondamental, qui répond à de nouveaux besoins de la société, dans ce contexte d’explosion des nouvelles pathologies et des nouveaux handicaps et différences. Quoiqu’on leur donne comme nom, de plus en plus d’enfants sont confrontés à des soucis. Une école inclusive doit être une école dotée de moyens pour qu’ils s’épanouissent : AESH formés, enseignants formés, salle de repos adjacente à la classe, mobilier adapté, infirmière scolaire présente dans les écoles etc… Il s’agit de repenser entièrement et avec honnêteté l’ inclusion des élèves en situation de handicap.

 

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3 réflexions au sujet de « L’Ecole Inclusive »

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