Double joie-Double peine

Parfois, je me dis que je suis une personnalité double : maman et professeur des écoles. Deux forces m’animent : mon métier et ma famille.

Quand je suis à l’école, c’est comme si rien d’autre n’était important.

Quand je suis dans ma famille, c’est comme si rien d’autre n’était important.

Cette vie double est à la fois d’une grande difficulté et fatigue et d’une grande richesse.

Le matin, je suis maman à 100 pour 100 jusqu’à 8 h20, heure où je dépose mes enfants à l’école. Pour mes petits, je passe juste une heure et demi avec eux. Je les réveille, les câline, les habille. Puis je prends le petit déjeuner avec mes quatre enfants. Vite vite, c’est l’heure de signer quelques cahiers oubliés, de faire un chèque pour la cantine du deuxième, de rechercher la carte de bus de l’aîné…Et nous voici tous partis de la maison, dans nos différentes directions.

 

8H20 : J’arrive à l’école, dispose les ateliers du matin, les enfants arrivent dix minutes plus tard et me voici maintenant, maîtresse de 24 bambins dépendants de moi pendant toute la journée. Je dois leur apprendre des choses, les faire travailler, les faire jouer, les faire courir etc… Je dois les écouter me raconter leurs familles, leurs amis, leur petite vie. Je dois les rassurer et les soigner. Je dois les consoler et les gronder… Ils me prennent tout mon temps et toute ma tête.

Pourtant le matin, à 8 h, je suis partie de la maison avec plein de questions dans cette même tête  » Ma puce est un peu malade… Comment va t’elle tenir la journée ? Mon garçon ne veut pas aller à l’école. Ce matin, pourquoi ? Le grand réussira t’il son contrôle de maths ? Est-ce que le second n’aura pas trop mal au dos pour le cours de gym ? Mon mari a t’il raté son train ? Que va-t-il dire à sa chef à propos du dossier litigieux ? Aura t’il le temps d’appeler le pédiatre pour la visite des 4 ans ? Il faudra que je pense aux prochaines vacances. Il faut que je rachète du doliprane ce soir si jamais la petite passe une mauvaise nuit… » etc etc etc…

Et bien, d’un seul coup de baguette magique, à 8 h20, toutes ces interrogations disparaissent de ma tête. Je retrouve mes élèves et d’autres pensées surgissent « que répondre à ces parents qui se plaignent que F a perdu deux bonnets ? Il faut que je pense à prendre un RV avec les parents de C qui ne fait plus rien en classe. B pleure souvent le matin, ça me préoccupe. Il faut que j’arrive à prendre des photos de untel et untel en activités physique, il faut que je pense à photocopier les fiches d’écriture pour demain, que je demande quand a été déplacé le conseil des maîtres, et si ma collègue peut m’échange run service de récréation jeudi prochain vu qu’on fait cette sortie » etc etc etc….

Et le soir, quand je retrouve ma famille, je reviens aux questions du matin !! Je dois maintenant trouver les réponses, faire les choses… 

C’est épuisant !! C’est sans fin ! C’est une roue qui tourne et ne s’arrête jamais.

En plus, j’ai un métier où l’on ne peut pas faire pause. On emporte avec soi les soucis des élèves et comme pour ceux de ses enfants, on les remâche la nuit. Et on cherche des solutions. Pendant mes insomnies, je note sur mon téléphones mes idées pour tel élève ou tel enfant, et cherche parfois des astuces sur le net, je me renseigne… C’est une période dense d’activité cérébrale, souvent intéressante mais qui me laisse épuisée le matin, au réveil.

Parfois, mes deux vies se croisent. Cet élève rencontre les mêmes soucis que mon enfant, cela m’éclaire pour l’un ou pour l’autre. Je vois un de mes enfants buter sur un exercice et je panique car mes élèves les réussissent, eux, ces exercices. Etre maîtresse, c’est aussi une angoisse perpétuelle pour ses enfants car on connait de l’intérieur les codes de l’école et on veut que ses enfants s’y intègrent. On sait ce qui va être dommageable pour eux ou ce qui va les mettre en réussite, et c’est une pression assez forte.

Double vie : vie scindée en deux, autant enrichissante d’un côté que de l’autre.

Double peine : résoudre les soucis de ses enfants et de ses élèves (parfois ceux de son conjoint ou de ses collègues). Double fatigue physique et morale.

Double joie : se sentir vivre par cette utilité double. Par ce don de soi double. Bonheur d’avoir une belle vie de famille et un beau métier. Et d’aimer les deux.

 

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