Crise de confiance 

Actuellement, l’école traverse une crise de confiance auprès des parents d’élèves, et de la population en général. Ce beau métier d’instituteur ou de professeur qui autrefois attirait nombre de jeunes hommes et jeunes femmes est maintenant tellement destitué que les concours peinent à recruter leurs candidats. D’un autre côté, les parents, autrefois plein de respect envers les maîtres de leurs enfants, critiquent de plus en plus un système qui leur semble discriminant au lieu de vecteur d’ascension sociale. D’autres que moi ont cherché « à qui la faute » : aux « pédagogistes » enfermés dans leurs idéologies, décriés aujourd’hui jusqu’à l’Education nationale, et qui ont peut-être enfin fait leur temps,  aux pouvoirs publiques qui ont trop longtemps écouté ces mêmes « gourous de l’Education », aux famille enfermées de plus en plus dans des systèmes d’éducation individualiste et qui auraient fabriqué des « enfants rois » ingérables, aux évolutions inexorables de la société, à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux ou de « Google VS dictionnaire »…. Etc etc…

Bref, le constat est là : l’école est un facteur d’angoisse pour les parents. La première rentrée en maternelle se fait dans la peur plutôt que dans la joie. Il faut écouter pêle-mêle les interrogations de ces jeunes parents : » Mon enfant sera-t-il heureux à l’école, mis en confiance, écouté, compris, reconnu ? Ses éventuelles différences seront-elles prises en compte ? Aura-t-il un enseignement adapté ? Ne sera-t-il pas brimé, secoué, jugé par des professeurs imbus de leur autorité, aigris, incompréhensifs, dénués d’empathie, méprisants envers nous les parents ? »

Et voici les sentiments des professeurs : » la Société ne reconnaît pas notre travail à sa juste valeur, nous croit toujours en vacances, on veut saper notre autorité, contester nos savoirs et nos compétences, les parents veulent nous donner des leçons, les enfants sont de plus en plus difficiles, nos supérieurs nous submergent de travail et personne ne sait qu’être professeur c’est travailler 24 heures devant sa classe et 24 h en dehors au minimum, qu’on y passe nos dimanches, nos soirées et parfois nos nuits, qu’on accumule pendant les vacances les idées, les préparations et les objets divers et hétéroclites… »

Et au milieu de tout ça, il y a l’enfant. L’enfant qui adore aller à l’école le matin retrouver sa maîtresse (ou bien ses copains si ça ne se passe pas trop bien avec la maîtresse), qui est fier de rapporter son petit bricolage que maman trouve si moche (« la maîtresse aurait pu faire un effort »), qui aime apprendre des chansons, des lettres et des chiffres avec ses petits camarades, qui adore la récréation et qui, avant de tomber et de s’être blessé, a d’abord beaucoup ri et couru, et qui avant de se faire taper par Augustin a d’abord bien joué avec lui… 

Et ailleurs, ou dans la même école avec la même maitresse,  il y a un autre enfant qui va à l’école la peur au ventre car la maîtresse lui crie dessus, qui ne comprend pas le travail demandé et qui se sent seul dans la cour de récré.  Qui attend avec impatience » l’heure des mamans » pour que la sienne l’emmène se ressourcer à la maison, en toute confiance, et dans le calme retrouvé.

Vous l’aurez compris, tout est relatif. Les écoles, les professeurs, les enfants… Car chacun est différent, chacun vit les choses différemment. Certains enfants vivent bien l’école, d’autres, non.

Pourtant, l’écart se creuse chaque jour entre enseignants et parents. Je l’ai constaté récemment sur un réseau social où ces deux groupes s’affrontaient et il faut dire que j’ai été médusée du climat qui régnait : on en arrive à de la haine et du mépris, clairement affichés, et souvent le mépris est du côté de mes collègues… Et j’en suis désolée… Et très en colère. Mais réveillez-vous, les copains-copines ! Ce n’est pas en affrontant ainsi les parents (car je suppose que si vous le faites sur Face Book, vous le faites aussi dans votre vie professionnelle) que vous redonnerez ses lettres de noblesse à notre noble métier. 

Je suis en colère mais au fond, je ne suis pas étonnée… 

Combien de jugements à l’emporte-pièce dans les salles des maîtres sur les familles : « Elle est fille unique, elle est insupportable ! » « Il vient d’une famille nombreuse, ses parents ne s’occupent pas de lui ! »… « Et combien de remises en cause de diagnostiques de médecins et psychologues, alors que les bilans sont écrits noir sur blanc devant les yeux : « Il n’est pas TDAH, il est juste mal élevé ! Elle n’est pas précoce, elle ne comprend rien aux consignes ! » etc etc…

Oui, je vois ces comportements chez certains de mes collègues, et je les dénonce aujourd’hui car c’est à cause de ces collègues là , que les parents ont de plus en plus de défiance vis-à-vis de tous les professeurs. 

Je ne crache pas dans la soupe… Comme chacun de nous le sait, il y a des professeurs bienveillants et empathiques, honnêtes et travailleurs. Il y en a beaucoup et je les cotoie aussi. Mais pour que les choses changent, il faut dénoncer les moutons noirs. Je déteste le déni sous toutes ces formes et je combattrai toujours la malhonnêteté.  Car certains collègues, sous des dehors charmants devant les parents, sont de véritables petits dictateurs (sur des enfants de 3 à 10 ans, ne l’oublions pas). Personne ne me dira que c’est exagéré, je le vis depuis 20 ans que je travaille : punitions, mise à l’écart, brimades, jugements sur l’enfant devant lui, secousse sur l’enfant, abandon de l’enfant dans un coin, refus de consoler un enfant, humiliations, vexations, dénigrement des parents devant l’enfant, plaisanterie sur l’enfant…

Une seule solution pour que cela cesse : c’est aux collègues professeurs, quand ils voient ces actions abusives et néfastes, d’en parler immédiatement à l’auteur des faits, et de voir avec lui comment faire évoluer ces pratiques. Il ne faut plus laisser passer ça sous couvert de solidarité avec ses collègues. Car on parle d’enfants là, de petits êtres humains en construction. C’est aussi lamentable de laisser passer ces brimades que de laisser un collègue au travail en situation de harcèlement.

Les inspecteurs ne nous connaissent pas et nous voient rarement. C’est à nous alors de prendre en charge ce problème. Certains esprits m’argueront qu’autrefois la toute-puissance du maître d’école n’était pas contestée, même si coups de règle et bonnet d’âne étaient de mise. Mais j’arguerais alors qu’à la même époque, l’autorité du père de famille n’était pas non plus remise en cause même si coups de martinet sur les enfants, vexations et viol conjugal sur la femme, étaient de mise dans certains foyers. 
Les temps ont changé, la science a progressé, l’éducation a changé et les enfants (et les femmes) sont protégés.

Voyons maintenant du côté des parents.

Ce n’est pas parce qu’il y a des enseignants mauvais qu’ils le sont tous. Il faut en priorité faire confiance quand on emmène son enfant à l’école. J’ai rencontré ces derniers temps beaucoup de jeunes stagiaires pleins d’entrain et positifs envers les enfants. La vague d’éducation bienveillante fait son chemin dans les familles mais aussi dans les écoles, d’autant plus que cette vague est portée par les milieux éduqués et que la plupart des enseignants sont aussi parents. 
 Je conseillerais aux parents d’élèves de beaucoup entrer à l’école, beaucoup communiquer (je conseillerais la même chose à mes collègues). Plus on se parle, mieux on se connaît, mieux on se comprend. 

Demandez un RV au prof, discutez avec lui à la sortie de l’école, prenez de ses nouvelles, soyez naturels d’humain à humain :  Il ne vous vend pas un canapé, il ne vous répare pas une chaudière, il vous aide à élever votre enfant. 
On peut être dans cette relation sans tomber dans la familiarité ou dans l’ingérence. Bien-entendu, l’effort doit se faire de tous les côtés. Nous avons de nouveaux outils qui nous permettent de communiquer de plus en plus facilement : mail, sms. Ici, je les utilise, cela me permet de discuter avec les parents facilement et rapidement, que ce soit pour eux ou pour moi. Il y a même des applications de portable maintenant. Vous pouvez peut-être en discuter avec les professeurs en début d’année, le plus simple étant que le professeur crée une adresse mail pour la classe. Il y a aussi possibilité de créer des blogs privés avec mots de passe où l’on peut laisser des photos, des commentaires. C’est que j’utilise avec mes parents d’élèves. Bien-entendu cela ne remplace pas le sourire à l’enseignant le soir et le petit « comment allez-vous ? » car rien ne remplace la relation humaine cordiale et sincère !!

Allons, pour le bien de nos enfants et élèves, réconcilions-nous !!

 

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4 réflexions au sujet de « Crise de confiance  »

    1. Bonjour ! Tout d’abord merci beaucoup 🙂

      J’ai lu ton article (pour Najat 😉 et celui sur l’école d’aujourd’hui. Je suis totalement d’accord avec toi. Je suis désolée que ton petit garçon soit tombé sur une collègue qui n’applique pas la bienveillance et l’évaluation positive. C’est tout de même dans les programmes maintenant… Je comprends que pour un jeune parent, ce genre de remarque comme tu les cites est soit très angoissant soit très énervant. Espérons que les mentalités vont changer vite… Tu devrais lire Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez. Je travaille suivant ses principes et cela correspond à une sorte de Montessori dans le public mais malheureusement avec des conditions beaucoup moins favorables … Grand nombre d’enfants et de moins en moins d’ATSEM…

      Je serai ravie de lire tes autres articles petit à petit 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Excellemment bien dit…. tu mets le doigts sur mes inquiétudes concernant la rentrée prochaine de mon fils, mais c’est très bien aussi d’aider à faire prendre conscience que avant de voir un maître ou une maîtresse, il y a un être humain.

    J’espère juste que la (ou le) future maîtresse de mon fils sera aussi sensible et à l’écoute que toi 😀
    Ton portrait du petit dictateur fait peur…. 😦

    Aimé par 2 people

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