Le ressenti de l’enfant (les émotions des parents)

Vous avez toujours rêvé être une petite souris pour savoir comment se comportait votre enfant en cours de récréation ? 

Moi aussi, avant d’être maitresse, j’étais comme ça pour mon fils aîné. J’avais beaucoup de souvenirs de ma propre scolarité, que je transposais à l’époque de mon fils, et je croyais déjà tout savoir, tout en m’inquiétant de ce que je ne savais pas. Comme mon petit garçon était un enfant timide et qu’il me rapportait souvent que untel l’avait frappé et que untel s’était moqué de lui, je pensais que ses récréations étaient un véritable calvaire. Je l’imaginais, solitaire, triste, se faisant bousculer par les autres enfants… J’en voulais aux enseignants de ne pas assez prendre en compte sa supposée souffrance qui me déchirait le cœur.

Puis, pour mon premier poste, je fus nommée dans l’ école de mon fils, et je devins cette petite souris qui pouvait observer à loisir…

Quelle ne fut pas ma surprise de voir mon garçon épanoui dans la cour, entouré de copains, courant, jouant, riant !! Parfois, il arrivait qu’il ait des mots avec certains enfants ou qu’il tombe et se fasse une égratignure, mais ce n’était jamais rien de grave. Pourtant le soir, quand il m’en parlait, il me racontait ses aventures avec des larmes dans les yeux, la voix gonflée d’émotion. 

Son ressenti n’était pas du tout le même que le mien. 

J’aurais pu lui en vouloir, lui dire qu’il exagérait, que j’avais vu quand il s’était disputé avec Julia et que lui aussi, avait eu des mots méchants pour elle, que j’étais là quand Fred l’avait bousculé pendant la partie de foot mais qu’il n’avait pas fait exprès etc… 

Pendant longtemps, ne pouvant pas savoir ce qu’il s’était réellement passé, je l’écoutais et me prenais tous les coups avec lui. Je compatissais et le soutenais puis m’inquiétais.  

Maintenant que je savais mieux les choses, je pouvais relativiser. Cela me fut très précieux, et je pus ainsi, tout en le laissant exprimer ses émotions, sans les nier pour autant, l’amener tout de même à comprendre et à accepter des situations qu’il avait vécu. 

Je pensais également à lui faire observer tout ce qu’il avait vécu de positif pendant sa journée, en lui demandant chaque soir « raconte moi une belle chose qui t’est arrivé aujourd’hui « . 

Essayez sur votre enfant, vous verrez comme cette phrase est magique pour lui (qui découvre l’optimisme et le « verre à moitié plein) comme pour vous (qui decouvrez le bonheur de votre enfant à l’école). 

Par extension, je compris que la même chose se produisait aussi en classe. Quand mon fils me racontait que la maîtresse l’avait puni injustement, s’était beaucoup fâchée, qu’il avait totalement raté son exercice etc…je pouvais l’aider à relativiser et à voir comment les choses s’étaient passées avec d’autres points de vue : celui de la maîtresse, celui des camarades, le mien quand il me racontait etc…

Peu à peu, mon fils prit confiance en lui, sut reconnaître le « grave » du « moins grave », accepter les émotions des autres et leurs réactions, et les prendre en compte par anticipation, sut reconnaître les bons moments dans sa journée et relativiser les moins bons… Mais aussi, du coup, reconnaître les situations vraiment difficiles. Car il ne s’agit pas de nier celles-ci, on est bien d’accord.

Ce que j’appris en tant que maman, je le mis à profit en tant que maîtresse pour mes élèves et j’essaye toujours de communiquer le plus possible avec les parents sur tous ces petits soucis de la vie courante de l’école. J’accueille bien tous leurs mots, inquiétudes, demandes, revendications… et je cherche à fournir toutes les explications possibles, et pourquoi pas des excuses si besoin. Les parents ont toute légitimité à demander, eux qui ne peuvent observer à l’école. 

Cette communication participe du bien-être à l’école, donc des apprentissages, car l’enfant ne peut apprendre avec sa maîtresse sans une totale confiance de ses parents envers elle.

Si j’écris tout ça, c’est pour vous inciter à vous aussi, parent, à communiquer avec l’enseignant de votre enfant. Quand une situation que vous a raconté votre enfant, vous déplaît, vous échappe, vous interroge, que ce soit dans la cour de récréation ou dans la classe, la première personne à qui parler, c’est l’enseignant. Il va sans-dire, qu’avant d’avoir eu une explication de sa part, vous devez lui poser vos questions dans la cordialité et avec respect. Il sera temps ensuite de voir où sont les responsabilités. 

Beaucoup de situations peuvent être débrouillées par les parents et les enseignants, en discutant simplement. Avoir le point de vue de l’enfant mais aussi de l’enseignant qui a vécu les choses avec votre enfant mais de manière différente, est vraiment très important. Cela participe vraiment du bien-être de l’enfant à l’école de voir ses enseignants et parents se parler autour de lui et pour son bien.

Deux exemples pour illustrer mes propos : Un jour, une maman m’écrit un mail de deux pages en commençant par « c’est affreux de voir son enfant revenir de l’école des larmes dans les yeux… » Et s’ensuivaient tous les malheurs de ce petit bonhomme malmené dans la cour, puni injustement etc… J’étais très étonnée, considérant ce petit comme un élève modèle et le croyant très épanoui à l’école. Mon tout premier mouvement en lisant cette lettre fut la colère contre cette maman qui me paraissait injuste pour l’école, pour moi… Puis je pensais à la jeune maman que j’avais été un jour moi aussi (et que je vous ai décrite au début de l’article) et je pris rv avec cette dame pour remettre les choses à plat. En réalité, elle m’avait écrit sur un coup de tête, un soir de fatigue et d’angoisse où elle avait effectivement retrouvé son petit en pleurs, le soir de trop… Malgré tout, cette discussion permit de beaucoup parler de cette angoisse qui la rongeait concernant l’école en général, son enfant etc…

Je lui parlais de mon expérience personnelle avec mon aîné, de la phrase magique « dis-moi une belle chose qui s’est passée pour toi aujourd’hui « . Elle l’emploie depuis et en est ravie. Elle se rend compte qu’elle accueillait au contraire toujours son enfant avec les phrases inverses « tu as eu mal aujourd’hui ? Quelqu’un t’a bousculé ? La maîtresse t’a fâché ? ». Son fils répondait à sa demande : il lui racontait les évènements négatifs… Aujourd’hui, elle entend son fils lui raconter le positif et l’un comme l’autre, en sont très heureux. Et ont pris confiance en l’école comme source de bonheur.

Un autre exemple : une maman m’écrivit qu’une camarade harcelait sa fillette, que c’était devenu un cauchemar pour la petite etc… J’observais d’abord les petites filles en cours de récréation pour être bien certaine de ce que j’allais dire, puis je pris rv avec la maman et je puis lui expliquer que les deux fillettes étaient très amies, et que, naturellement, à force d’être toujours ensemble, parfois, elles se disputaient, mais qu’il y avait un équilibre entre elles deux et que c’était une amitié positive et non destructrice (ce qui existe aussi). Les choses se compliquaient d’autant plus que la maman disait à sa fille de ne plus jouer avec son amie. Donc les deux petites étaient déstabilisées d’entendre leurs mères critiquer l’autre… Sur mes conseils, la maman inquiète invita la petite copine de sa fille à jouer à la maison. Cela se passa très bien. Et les relations entre les deux familles s’assainirent, les petites purent faire vivre leur amitié tranquillement.

Les réactions des mamans citées en exemple sont normales. Il n’y a rien à blâmer. On ne peut tout savoir d’un coup. C’est pourquoi il est important de part et d’autre, enseignants et parents, de communiquer pour apprendre.

Je n’oublie jamais que chaque élève est d’abord l’enfant de ses parents , un petit être unique et précieux pour eux, et je le traite en tant que tel. N’oubliez pas à votre tour qu’un enseignant est souvent aussi un parent, en tout cas une personne qui aime les enfants (du moins donnez lui cette première intention) et veut faire au mieux suivant ce qu’il croit être bien. Parlez ensemble de l’éducation que vous souhaitez donner à ce petit en devenir. 

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4 réflexions au sujet de « Le ressenti de l’enfant (les émotions des parents) »

  1. C’est amusant, mais longtemps ma Ririe faisait des remarques comme quoi elle était seule dans la cour, qu’elle n’avait pas d’amie.
    En ce moment, une petite fille lui donne des tracas, se moquant systématiquement de sa tenue. J’ai demandé à ma fille si elle souhaitait être amie avec elle: « non ». Je lui ai dit qu’elle n’avait donc pas à se soucier de ce que l’autre enfant pensait. qu’elle n’avait pas non plus à être d’accord. Et en conclusion, je lui ai demandé qui étaient ses amis… elle en a cité une petite dizaine et c’est rendue compte toute seule qu’elle n’était ni isolée, ni moquée par les autres « globalement’

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    1. Ha oui tu vois, il faut parfois les guider pour qu’ils s’aperçoivent du positif 🙂

      Mais malheureusement parfois les parents font le truc inverse et s’inquiètent des journées au lieu de s’en informer. Et là, les enfants s’engagent dans la pensée négative 😦

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  2. Ma fille, ado de 15 ans est partie en colo pendant 15 j et j’ai reçu régulièrement des messages où elle se plaint… Je me suis dis que, cette année-là, c’était difficile et qu’elle avait du souffrir de sa colo. Quand elle est rentrée, j’ai compatis et elle n’a pas compris : elle avait adoré sa colo et m’a raconté tout ce qu’elle avait adoré (ce qui m’a rassuré… faut bien le dire…). Quand j’ai reparlé de ses textos, elle m’a avoué que c’était ses décharges, que cela lui avait fait du bien de l’exprimer mais qu’en fait, ce n’était pas si grave…
    L’expression des frustrations, qui leur fait du bien, n’est pas forcément un reflet de leur vécu …
    Effectivement, j’en tiens compte en tant qu’enseignante et cela rassure souvent des parents de comprendre que ce qu’ils disent est une infime partie de ce qu’ils vivent et qu’ils ont juste besoin de se débarrasser de leurs frustrations en les confiant à un tiers.

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