Créer un petit lecteur

Depuis que je suis toute petite, j’aime lire. Les lectures m’ont construite bien avant les expériences humaines qui sont venues, après, confirmer ce que j’avais appris dans les livres : l’amitié, l’amour, la peur, la mort, le courage, la lâcheté et toutes ces choses que l’on découvre à mesure que l’on vit.

Alors naturellement, quand j’ai eu des enfants, et des élèves, j’ai voulu partager avec eux cette passion, cet art de vivre, considérant que la lecture est nécessaire à l’Education comme l’eau est nécessaire à la Vie.

Je vais essayer dans cet article de résumer et de classer ce que j’ai appris en 25 ans d’expérience sur les enfants et les livres, comment les amener à lire, à garder ce goût toute leur vie, dans notre monde saboté par les écrans divers.

1- Un livre est un objet familier.

Il est fondamental de comprendre qu’un livre ne doit pas être précieux, il ne doit pas être relégué uniquement dans une bibliothèque, comme un objet de décoration ou un souvenir.

Pour moi, le livre idéal est le livre machouillé par le bébé de six mois, déchiré par l’enfant de deux ans, griffonné par le petit de quatre ans…

C’est le livre jeté dans la chambre de l’enfant, sous son lit, son oreiller, emmené dans la voiture, lu debout, lu assis, lu par terre, dans l’herbe ou sur le sable…

C’est le livre de poche tâché par le café, le thé et les gâteaux au beurre, lu dix fois, avec des pages cornées, ou annotées…

Un livre qui ne vit pas, c’est comme un jouet qu’on n‘utilise pas, une fête où l’on ne danse pas, un repas où l’on ne parle pas…

Un objet, pour qu’il soit familier, doit être présenté au bébé, dès sa naissance. J’ai toujours mis dans le lit de mes bébés, des livres, et dès 4 ou 5 mois, ils les prenaient, les manipulaient, les suçotaient, les regardaient… et je les leur lisais.

Ensuite, quand l’enfant grandit, le livre ne doit pas être considéré uniquement comme un cadeau, mais aussi comme un objet qu’on achète « comme ça », parce que la couverture nous plait, l’histoire nous parle, on en a entendu parler…

Un livre, c’est comme un gâteau, on en a envie, on l’achète, on le consomme. Ce n’est pas un récompense, ce n’est pas quelque chose que l’on attend, c’est quelque chose de naturel, à portée de main. Ca se trouve à la librairie ou à la médiathèque, cette deuxième option permettant d’en consommer beaucoup gratuitement.

Un livre, c’est comme un jouet : Si on veut qu’il serve, il ne faut pas trop le ranger.

Souvent, je laisse traîner intentionnellement des livres sur la table du salon, par terre sur le tapis de la classe, sur le lit des enfants, dans la cuisine ou la salle de bain, dans les toilettes. Cela est garanti que l’enfant les trouvera, les feuilletera et les lira.

J’aide la rencontre entre le livre et l’enfant car si l’on range trop les livres, l’enfant ne les voit plus, ne les cherche plus.

Bien entendu, les bibliothèques ont une part belle dans la chambre de mes enfants ou dans ma classe, mais il faut vraiment penser à sortir les livres et à les présenter autrement que sur des présentoirs institutionnalisés.

2 Un livre se comprend.

Nous sommes dans une société du visuel et à ce titre, maintenant tous les albums pour enfants sont composés de magnifiques illustrations. Et nous avons fini par penser que le livre pour enfant devait d’abord être visuel. Nous oublions alors le côté auditif et compréhension.

Un livre doit aussi s’écouter et il est important alors de lire des histoires sans support d’images, car c’est vraiment ainsi que nous développerons la compréhension.

Comment faire ?

Nous pouvons lire à l’enfant un album illustré et lui montrer les images après la lecture : on lit une page puis seulement après, on montre une image. Puis, quand l’enfant a appris à écouter sans regarder, on lit plusieurs pages de suite et on montre les images seulement ensuite.

On peut aussi inventer des histoires sans aucun support ou raconter des contes traditionnels que l’on connait. Pourquoi pas dans le noir, avec une veilleuse, dans un moment de complicité et d’écoute… Avec un ou trente enfants, l’effet est le même : magique, tendre, unique… C’est le principe ancestral des veillées devant la cheminée, c’est la communion de pensées, c’est finalement l’âme de la lecture.

Quand on pratique la lecture sans images pendant un certain temps, on s’aperçoit que l’enfant atteint un niveau de compréhension élevé et souvent au-dessus de son âge, qu’il acquiert du vocabulaire, une capacité à imaginer des événements, des situations, des personnages… Il est alors temps de l’élever encore plus et de passer à la littérature classique.

3- Mais avant de passer à la littérature enfantine, je veux d’abord bien préciser que je suis une adepte de toutes les lectures.

Si on veut que son enfant aime la lecture, il s’agit d’accepter toutes ses lectures et même de l’y encourager : bandes dessinées, mangas, documentaires, journaux illustrés, dictionnaires, livres légers ou graves, magasines scientifiques ou Mickey parade… Tout est BON.

Ma devise dans la vie est « il y a un temps pour tout » , et cela s’applique aussi à la lecture. Il y a un temps pour lire des livres graves et d’autres, comiques, un temps pour lire un magazine féminin et un temps pour lire le Monde de l’Education.

Pour l’enfant, c’est pareil, et ses goût ne doivent jamais être dénigrés. Le succès pour que son enfant aime lire, c’est partir de ce qu’il aime justement.

Il aime les mangas ? Qu’importe. Il existe d’excellents mangas qui l’amèneront plus tard à de l’excellente littérature japonaise.

Il aime lire des magasines de sport, et alors ? Quand il grandira, on l’amènera à lire de très bons documentaires ou livres sur le sport .

Il aime un seul auteur, très bien, qu’on lui achète tous les livres de cet auteur. Un jour, il voudra découvrir les auteurs qui lui ressemblent pour ensuite découvrir ceux qui lui diffèrent.

Certains tout-petits veulent lire le même livre tous les soirs, et bien… on va le lire tous les soirs… et en lire d’autres aussi mais d’abord celui-là, comme un rituel rassurant.

4- La littérature enfantine classique.

Les livres classiques, c’est comme les jeux de société classiques, s’ils ont autant de succès à travers les âges, c’est qu’ils ont un réel intérêt.

Et que l’enfant en a besoin pour se construire.

Au-delà de lui apporter une solide culture, ils vont lui apprendre la vie.

Une forme de « d’éducation bienveillante » sévit actuellement qui voudrait nous faire croire que les contes de fées sont terrifiants et non adaptés aux enfants.

Moi, je pense, que bien accompagné, l’enfant peut en tirer un bon parti et en fait, je n’imagine pas une éducation sans les contes classiques. Ils racontent le bien, le mal, les premières valeurs de l’humanité, donnent des leçons de morale… ils sont incontournables.

Bien évidemment, on saura, en fonction de notre enfant, trier les images qui peuvent faire peur (d’où l’intérêt de les raconter juste oralement d’ailleurs) ou les thèmes qui vont effrayer cet enfant -là.

Dans mes incontournables de la littérature classique, après les contes de Fée, Andersen, Perrot, Grimm…Il y a les fables de la Fontaine, tellement extraordinaires encore de vérité et qui resteront à jamais ancrées dans la réalité. Elles ne sont pas faciles d’accès en raison de la langue ancienne, mais pourtant parfaitement compréhensibles et attractives par les enfants dès 4-5 ans, avec cette fois un support images qui peut aider, et bien sûr les explications de l’adulte.

Les livres sur la mythologie et ses héros et demi-dieux sont également une source inépuisable de joie et de rêve chez les enfants, ainsi que les différentes histoires de l’ancien testament. Tous ces mythes fondateurs de l’humanité sont aussi fondateurs de la personnalité émergente de nos enfants. Sans compter tous les contes merveilleux des autres pays, contes africains, des mille et une nuits …

Quand l’enfant atteint 5-6 ans, voire avant pour les plus éveillés, on peut commencer ensemble les lectures de la Comtesse de Ségur, empreinte d’une morale un peu désuète mais tellement magnifique. Je reste imprégnée dans l’éducation de mes enfants, par les préceptes de l’excellente éducatrice, Madame de Fleurville, la mère modèle des petites filles modèles. Ces livres marquent une vie.

Le petit Prince bien entendu qui se lit et se comprend à tout âge et suivant différents niveaux de lecture, le petit Nicolas avec cette enfance tellement vraie et l’école si bien racontée et si toujours actuelle, les romans de Roald Dahl tous plus amusants les uns que les autres, les romans de Dickens, la vie d’Helen Keller ou de Louis Braille, les série des clubs des cinq, l’étalon noir, Sans famille, et tant d’autres que j’oublie et que je vais regretter d’oublier… Ces livres ont formé des générations d’enfants, ils doivent continuer à former les nôtres, ce qui ne nous fera pas oublier d’excellents « nouveaux classiques » comme les chiens pourris, les petites poules, la cabane magique, comme Harry Potter pour les enfants à partir de 9-10 ans.

Et l’on ne peut pas oublier dans « les incontournables  » les Bandes dessinées intemporelles, les Tintin qui font découvrir le monde, les Asterix qui font découvrir l’histoire, les stroumphs qui font jouer avec le langage de façon très habile, et autres tuniques bleues, Benoît Brisefer, Gaston Lagaffe et compagnie…

Quant aux adolescents, ils pourront accéder à la bibliothèque des adultes et découvrir les auteurs français, russes, anglais, enfin… Je ne vais pas m’aventurer à donner encore et encore et encore des auteurs et des titres car il me faudra la deuxième moitié de ma vie !

4- Et si mon enfant n’aime pas lire seul ?

Alors lisez avec lui !! Qu’il ait 3, 6 ou bien 9 ans, prenez l’habitude chaque soir de vous assoir à côté de lui et de lire un album puis des livres. Vous pouvez aussi faire un jeu comme une page de lecture par vous, une page de lecture par lui…

A partir de 5 ans, on peut commencer de vrais romans et lire un chapitre par soir. C’est important que l’enfant sache qu’un livre se déguste petit à petit, événement après événement, et apprenne ainsi à anticiper, à attendre, à imaginer…

Quand votre enfant saura lire, il vous surprendra à continuer seul le livre que vous avez commencé avec lui, pour connaitre plus vite la suite, et là, vous aurez fabriqué un lecteur…

J’espère avoir donné quelques idées et je vous souhaite beaucoup de petits lecteurs !!

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3 réflexions au sujet de « Créer un petit lecteur »

  1. Ici j’ai une enfant qui avale des livres… littéralement quand elle était bébé, de façon plus traditionnelle ensuite. elle ne sait pas encore lire, mais la passion est déjà là 🙂
    Mes deux autres enfants aiment aussi beaucoup les livres, mais ont un rapport moins fusionnel.
    Je pense aussi que la pédagogie par l’exemple compte : si on ne lit pas nous même, comment nos enfants peuvent ils imaginer que lire est une bonne chose ?

    Aimé par 1 personne

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