Protégez vos enfants

PROTEGEZ VOS ENFANTS

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il ne fallait pas trop protéger son enfant. J’ai cru qu’on devait le laisser faire ses expériences lui-même, qu’on devait le lancer dans le vaste monde sans chercher à savoir ce qu’il y vivait vraiment. J’ai cru qu’un enfant avait besoin de se confronter tôt aux difficultés de l’existence, et que pour cela, la crèche, l’école, les activités sportives, les colos, etc, étaient le mieux. J’ai cru qu’il ne fallait pas trop écouter ses plaintes, s’il en avait, et insister surtout sur les points positifs. J’ai cru que tout cela le renforcerait et en ferait un être adaptable, bien dans sa peau, bien avec les autres… C’est ce que pense la majorité des gens : Un enfant trop couvé ne trouvera pas sa place dans la société, il restera timide et dépendant.

C’est encore une fois penser suivant une norme, c’est-à-dire « penser à l’envers ». On pense que la majorité des enfants étant autonomes à tel ou tel âge moyen, du coup c’est forcément un apprentissage. Alors qu’en fait, c’est un processus naturel et absolument pas découlant d’un apprentissage. Exemple : Un enfant de 3 ans est prêt à entrer à l’école grâce à un certain nombre de compétences : parler, être propre, respecter quelques règles de vivre-ensemble, rester assis un quart d’heure etc… C’est l’enfant de trois ans « type ». En réalité, certains enfants à cet âge n’ont pas encore acquis toutes ces compétences. Pourtant, certains ont été à la crèche ou chez une nounou active, mais ils ne sont pas encore prêts. S’ils ont une maîtresse patiente et compréhensive, ils rattraperont les autres petit à petit au cours de l’année. Ce ne sera pas tant grâce aux apprentissages de la petite section de maternelle que grâce au temps écoulé et grâce à la bienveillance de l’adulte (qui saura attendre sans vouloir les brusquer). Si ces enfants avaient eu le droit de rester à la crèche une année de plus, de la même façon ils auraient mûri. Je ne parle pas ici d’enfants avec des graves carences éducatives, on est bien d’accord.

Petit à petit, les mentalités changent heureusement. Dans le domaine de la toute petite-enfance, la maternité proximale a permis de découvrir que le bébé était plus heureux à dormir près de ses parents, qu’on devait le rassurer chaque fois qu’il pleurait, le prendre, le bercer et le promener autant de temps qu’il en avait besoin.

Autant de temps qu’il en avait besoin… Cette notion est juste fondamentale. Suivant chaque enfant, ce temps variera. Cela peut aller de six mois à 18 ans ou plus. Certains enfants, plus sensibles, plus fragiles, plus vulnérables pour une raison ou une autre, ont besoin longtemps de leurs parents. Ils ont besoin de leurs soins, de leur protection physique mais surtout psychologique. Je veux parler de toutes sortes d’enfants : handicap, maladie, accident mais aussi les variations individuelles du caractère sans pathologie comme la sensibilité ou l’anxiété.

L’enfant veut nous faire plaisir, il veut nous rendre fier, et il sait ce que nous voulons et ce que nous craignons, même quand nous ne lui disons pas explicitement. Il sait que nous voulons qu’il travaille bien à l’école, et qu’il réussisse dans des activités sportives, il sait que nous aimerions qu’il soit populaire, avec beaucoup de copains, et que nous souhaitons par-dessus-tout son bonheur. Il sait que nous craignons qu’il échoue à l’école, qu’il soit solitaire, qu’il soit mal vu par la maîtresse, qu’il soit malheureux. L’enfant veut nous faire plaisir et parfois, et souvent, il nous cache son désarroi pour nous protéger, nous, mais c’est LUI qui doit être protégé. L’enfant sait que nous voulons qu’il soit fort, qu’il soit indépendant et autonome, cette fameuse autonomie qui est la clef de tout, mais que certains adultes, enseignants comme parents, mettent trop tôt en avant.

L’autonomie de l’enfant se construit petit à petit, et il ne devrait pas y avoir d’âge repère pour la mesurer. Les parents d’enfants dyspraxiques le savent bien… Il n’y a pas d’âge pour apprendre à s’habiller, à lacer ses souliers, ou à conduire un vélo. Les enfants apprendront un jour ces apprentissages fondamentaux, mais ils les apprendront plus tard. De même, l’autonomie affective s’apprend, suivant chaque enfant, plus ou moins tard. Mais qui dit cela aux parents quand notre société leur demande toujours et encore plus de temps loin de leur enfant ? Le travail des deux parents conduit à des journées très longues pour les enfants, et le week-end, il y a les fameuses activités qui éloignent encore l’enfant de ses parents.

Protégez vos enfants. Observez-les. Puis interrogez-les, et écoutez-les. Il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent tout vous dire, qu’ils ont ce droit absolu de se confier à vous et qu’en retour, vous agirez. Agir, c’est d’abord discuter avec eux, leur donner des idées : comment te faire des amis dans ta nouvelle école, comment répondre à cet enfant méchant, comment régler une dispute etc… Allez voir leurs adultes référents, maîtresses, profs, éducateurs, animateurs. Parlez leur de votre enfant, donnez-lui le mode d’emploi, n’ayez pas peur de déranger, de passer pour la maman inquiète de service ou le papa poule. Si vous venez vers les professionnels avec gentillesse, à moins de tomber sur une personne dénuée d’empathie (et dans ce cas, faite que votre enfant la quitte au plus tôt) il n’y a pas de raisons que vous soyez mal reçu.

Protéger son enfant, ce n’est pas : écraser ceux des autres, se battre à la place des enfants, crier sur la maîtresse, se disputer avec un autre parent, donner forcément raison à son enfant, etc…

Protéger son enfant, c’est accueillir sa parole, lui montrer que vous êtes là, sinon en présence, toujours en pensées, que vous prenez des moments dans la journée pour l’écouter, que vous pouvez lui porter des conseils applicables, que vous n’hésitez pas à vous déplacer pour tenter de régler ses problèmes, et ainsi montrer que ce qu’il vit est important à vos yeux.

Protéger son enfant, c’est que quelque soit son âge, et les normes de stades de développement, d’autonomie, etc.. Vous reconnaissez à votre enfant, même s’il n’a aucun handicap, le droit de n’être pas dans ces normes, le droit de ne pas vouloir partir en colo, le droit de ne pas avoir envie de dormir chez sa copine, le droit de ne pas avoir envie de faire d’activités, le droit d’avoir peur, le droit de pleurer, bref le droit de rester un petit parfois. C’est ainsi que vous le ferez grandir et non l’inverse, comme on a pu longtemps le croire. L’enfant sait de lui-même quand il est prêt à voler de ses propres ailes. Elever un enfant, ce n’est ni le freiner, ni le pousser, c’est l’accompagner.

Alors n’hésitez pas à protéger vos enfants autant de temps qu’ils en ont besoin, autant de fois qu’ils en ont besoin. L’enfant est un être vulnérable, c’est l’être vulnérable par excellence. Celui dont on peut se moquer sans qu’il sache se défendre, celui que l’on peut taper, brimer, sans qu’il ose en parler… ll a été maintes fois prouvé que les enfants, dont les parents viennent à l’école, discutent avec les professeurs, s’impliquent, sont les enfants qui sont les plus épanouis à l’école. Ils sentent un lien entre les différents adultes de leur journée, ces adultes desquels ils sont absolument dépendants. Il ne s’agit pas d’épier les adultes de l’école, mais il s’agit d’épier le bonheur de votre enfant. Un enseignant maltraitant ne renforcera JAMAIS le caractère de votre enfant, soit il l’endurcira ce qui est dommageable, soit il l’affaiblira. Un caractère fort n’est ni un caractère faible bien-entendu, ni un caractère dur qui ne peut aller sans heurt à la rencontre des autres.

De même il faut savoir que les enfants restent vulnérables très longtemps, même quand ils ont 1M80 et 15 ans et qu’on leur dit qu’ils sont stupides, ignorants, qu’ils deviendront chômeurs… La construction de la personnalité est longue et se termine assez tard à l’âge adulte.

Protégez vos enfants. Ainsi même dans les pires moments de solitude, dans la cour ou plus tard dans la vie, ils savent et ils sauront toujours, qu’ils comptent ou ont compté, plus que tout au monde, pour quelqu’un, qu’ils ont été infiniment précieux aux yeux de leurs parents, et cela sera leur armure pour la vie.

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